demarche

Les photographies de dms sont une invitation à la déambulation, cet exercice situationniste qui consiste à marcher au hasard dans le labyrinthe de la ville. La déambulation implique une attention particulière à notre environnement, elle s’effectue sans carte ni boussole, et rejette toute idée de but, de destination. Elle implique le fait de se perdre, de se détacher du lieu, de se laisser guider par l’instant et l’environnement :

Nos rues sont en perpétuelle évolution. Reste à savoir être attentif aux micro- événements qui s’y déroulent. Je dois faire référence à Georges Perec et sa pratique de l’épuisement d’un lieu : « se forcer à écrire ce qui n’a pas d’intérêt, ce qui est le plus évident, le plus commun, le plus terne […] S’obliger à voir plus platement. […] Déchiffrer un morceau de ville, en déduire des évidences : la hantise de la propriété par exemple. […] Ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie. » (cf, Espèces d’espaces, Galilée).

Mon but est d’offrir un autre regard sur ces espaces du quotidien, le quartier, la rue, la ville. De montrer ces objets devant lesquels on passe chaque jour, sans même les remarquer.

photographie et identité

J’utilise essentiellement la photographie comme moyen de production d’une image, le souci de représenter la réalité ne m’intéresse pas à priori. Elle est pour moi un moyen de transfiguration du réel : par la subjectivité du regard, par la décontextualisation qu’impose le cadrage, et par le fait qu’à partir d’un espace, on obtient une image en deux dimensions. La transfiguration via la pellicule est nécessaire pour révéler le sujet. Celui-ci, bienqu’ infra-ordinaire (Perec) possède une identité propre. La photographie permet de révéler cette identité, de montrer l’objet tel qu’il est et comment, par sa nature, transfigurée par la mise en image, il peut devenir un centre d’intérêt, comment il peut exister. La révélation du sujet passe par la création d’une image étonnante, construite, esthétique. Si l’image ne séduit pas, la transfiguration ne pourra s’effectuer. Le choix du sujet, le cadrage, le rapport au contexte sont pour cela primordiaux.

technique

Si j’attache une certaine importance à la qualité de mes images, afin qu’elles possèdent la force nécessaire à leur rôle de témoin, je reste persuadé que la valeur de l’image passe par la qualité du regard, la qualité de l’attention que nous portons sur notre environnement, avant la qualité technique. Les photographies argentiques noir et blanc ne sont pas retravaillées, ni recadrés. Cela donne une importance primordiale à la prise de vue. Le contraste est poussé au maximum afin que seuls restent les lignes directrices de l’image. Grâce au contraste, l’environnement s’efface, les textures se renforcent, les gris disparaissent pour que seuls restent le noir et le blanc. Poussant ainsi le contraste, l’image obtenue se rapproche parfois plus du graphisme que de la photographie.

l’espace urbain

Mon travail est presque exclusivement consacré à l’espace urbain. Cet univers nous est familier, il est le lieu qui rassemble et abrite aujourd’hui la majeure partie des populations. Pour ma part, je suis un enfant de la campagne, c’est peut-être ce qui fait de moi un meilleur témoin de la nature même de la ville puisqu’il m’a fallu la découvrir, l’appréhender avant de pouvoir me l’approprier : elle me fascine encore aujourd’hui.

Si ma formation d’architecte me pousse à utiliser les espaces de la ville, je ne suis pas pour autant un photographe d’architecture. Ce qui m’intéresse dans l’espace urbain, c’est justement ce qui n’est pas Architecture. Ce sont les éléments parasites, les objets purement fonctionnels qui jalonnent l’espace publique. Ils appartiennent plus à la rue qu’à l’architecture. Ce qui va les distinguer de l’objet architectural, c’est leur nature fonctionnelle, mais aussi leur multitude : l’objet architectural, lui, se veut unique, à l’instar de l’œuvre d’art.

Si le milieu urbain représente la concentration, le milieu rural implique la dispersion. Le milieu rural m’intéresse, mais il est moins propice a être arpenté, les distances sont plus longues, les objets plus grands. Il y a une véritable homothétie qui s’opère entre les espaces urbains et ruraux. Hors des villes le champ visuel est plus vaste, les objets qui servent de repère sont d’autant plus grands… Les sujets qui m’intéressent sont ainsi homothétiques, de la verrue architecturale, aux infrastructures dans le paysage.

les non lieux

Autres sites qui m’intéressent, ce sont ce que Marc Augé appelle les non-lieux. A une autre échelle, les zones industrielles sont un peu ce que sont les cheminées à l’architecture : des espaces rejetés le plus loin possible, résultat d’une fonction. Les bâtiments industriels possèdent à mes yeux une qualité qui fait défaut aux bâtiments « nobles », leur forme n’est pas gratuite, mais directement issue de la chaîne de production qu’ils abritent. Ils ont une forme pure car nécessaire, ce ne sont que des enveloppes. Leur taille me fait parfois penser aux cathédrales, ce sont les cathédrales de l’ère industrielle. Les Becher ont su à travers leur travail de témoignage, montrer la majesté de ces grands espaces industriels. Leurs photos sont des portraits, très objectifs des grands ensembles industriels, pour la plupart aujourd’hui détruits. Leur travail est exhaustif, par l’accumulation et la juxtaposition de photos d’objets de même nature, châteaux d’eau, hauts fourneaux… Le mien se veut plus personnel, plus subjectif, le détail m’intéresse plus que l’objet dans son intégralité.